Nous sommes dépassés
Lorsque j’étais jeune, il y a 50 ans, si on était bricoleur, avec une simple trousse à outils, on pouvait démonter le moteur d’une voiture. C’est un exemple, j’avais aussi construit des postes de radio avec des tourne-vis, un fer à souder. A cette époque, je comprenais les objets, je les démontais, je les remontais, je les maitrisais.
Maintenant, je peux encore acheter des planches, les découper, les peindre pour faire des étagères, mais il n’est plus question de démonter une voiture, c’est trop compliqué, on n’a pas les outils, on n’a pas la notice, on n’a plus la compétence qui est réservé à des spécialistes et, enfin, on risquerait la perte de garantie.
Sans parler de l’électronique, de l’informatique, moi-même étant ancien spécialiste de ces domaines, je ne peux plus suivre les évolutions récentes.
La machine qui m’était familière, que je pouvais contrôler parce que j’en comprenais le fonctionnement, maintenant, je ne comprends plus, je ne contrôle plus.
Avant, pour faire des papiers administratifs, je me rendais en mairie, j’attendais un peu et je faisais cela avec un fonctionnaire qui, au besoin, m’expliquait la procédure. J’ai récemment eu à renouveler ma carte d’identité et j’ai du remplir le formulaire sur Internet, puis j’ai pris un rendez-vous, toujours sur Internet c’est impossible par téléphone. Au cours du rendez-vous, il me fallait un numéro que je n’avais pas, et bien même le préposé qui me recevait, n’y pouvait rien, il est lui aussi tributaire de la machine qui ne comprends que ce numéro et, de ce fait, nous impose son langage.
Le domaine de l’informatique, des systèmes d’information, nous a imposé, petit à petit, des procédures étranges, ses langages particuliers auxquels nous nous sommes soumis puis habitués parce que nous étions obligés, mais imaginons une personne qui sortirait d’un comas de 30 ans, il devrait apprendre le fonctionnement des machines simplement pour arriver à vivre normalement. De même pour les personnes âgées qui n’ont pas eu l’entrainement continu au progrès, ces personnes sont injustement pénalisées, marginalisées quand il n’y a d’autres moyens que d’utiliser Internet par exemple.
La machine est un progrès pour ceux qui la maitrisent mais c’est une aliénation pour les autres.
Nous vivons dans un monde où les machines sont de plus en plus compliquées, de moins en moins de monde arrive à suivre ces évolutions et, de ce fait, de plus en plus de gens deviennent dépendants, voire asservis à des machines, des systèmes qu’ils ne maitrisent plus du tout.
Tout cela crée un environnement politique et social de domination d’une élite qui a les moyens intellectuels de maitriser un de ces domaines « les premiers de cordée » selon une expression devenue célèbre sur la masse des gens « ordinaires ».
Un philosophe peu connu du 20è siècle, Günther Anders, avait remarquablement prévu cela dans son livre : L’obsolescence de l’homme. Nous y sommes.
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